Galères et doutes
Cette semaine j'ai quitté la voie d'Arles pour rejoindre la voie du Puy-en-Velay. J'ai donc marché 2 jours hors chemins balisés. Je me doutais bien que ce ne serait pas si simple..

Commençons par les galères (rien de grave je vous rassure tout de suite)
Pendant 2 jours, j'étais seul sur cette transversale. Le premier jour mes pieds ont soufferts du fait de la longueur du parcours... Cela ne m'a pas vraiment inquiété mais le lendemain soir à l'étape de Navarrenx, après avoir marché sous un déluge de pluie... J'ai découvert deux grosses ampoules à mes talons. Je les ai percé et j'ai mis des pansements double peau mais cela ne m’empêche pas de ressentir des douleurs à chaque frottement de chaussures.

Galère numéro 2 la pluie : je savais qu’elle ferait partie de mon chemin… mais après 2 semaines de beau temps, je n’étais pas préparé à ce qui est arrivé lundi. Alors que j’étais en pleine campagne, un vent froid est arrivé. Je me suis arrêté pour remettre ma polaire et dix minutes après un déluge d’eau a commencé à tomber. Le temps que je sorte ma cape de pluie du sac j’étais déjà trempé. De plus, comme je ne m’étais jamais entraîné à la mettre… je n’ai pas réussi à la faire recouvrir mon sac à dos. Heureusement, tout ce qui est dans le sac est emballé dans des sacs étanches et donc rien n’a été mouillé.

La fin de l’étape a été compliquée du fait de la pluie et des voitures et camions qui ne peuvent pas toujours s’écarter et qui dans ces cas là m’envoie de grandes gerbes d’eau. Je suis content d’arriver au gîte communal de Navarrenx.
Navarrenx capitale mondiale de la pêche au saumon... c'est ce que dit un écriteau à l'entrée de cette bastide fortifiée. En fait, aujourd'hui la pêche au saumon est interdite du fait qu'il n'y a plus où très peu de saumons dans la rivière "le gave d'Oloron".
Navarrenx fait partie des étapes du chemin de la voie du Puy-en-Velay. Je me rends vite compte qu'il y a foule sur ce chemin. Le gîte communal est plein : nous sommes 24 pèlerins à y séjourner... Forcément ce n'est plus la même ambiance que les semaines précédentes. La plupart des marcheurs sont là pour faire une semaine ou deux de marches puis repartirons vendredi ou samedi chez eux pour retourner au travail. En fait, nous ne sommes que 5 à nous diriger vers Santiago.

Cette différence rend de mon point de vue les discussions plus superficielles lors des repas pris en commun. Elles se limitent à raconter sa journée et des moments de la semaine ou des marches passées.
Parmi les personnes qui dorment au gîte, certains sont en recherche de performances physiques. Ils vont marcher 30 à 40 km par jours... Ce n'est donc pas l'esprit pèlerin de mon début de voyage que je retrouve ici.
Je partage une chambre de 4 avec une famille du Calvados très sympa tout de même.
La gérante du gîte bien que sympathique...on ressent que son but est de faire du chiffre en proposant un maximum de services payants ( demi-pension, petit déjeuner, lessive, picnic à emporter...) des qu’elle parle avec un marcheur.

Parlons de la galère n°3… trouver un toit pour dormir…
Mes voisins de chambre m'informent qu'ils ont eu beaucoup de difficulté a trouver des lits pour les étapes suivantes... Moi qui n’ai encore rien réservé, je me mets donc en recherche d'un lit pour le lendemain... Tout est complet sur Aroue... Le gérant d'un gîte me conseille d'appeler un gîte qui se trouve à 2 km du village... Ouf il y a de la place... Je comprendrai pourquoi le lendemain...
Je continue ma recherche pour l'étape suivante d'Ostabat... Et là pas moyen de trouver qqchose a un prix raisonnable. Aussi après 30 minutes de recherches infructueuses je décide de sauter l'étape et de prendre un bus pour me rendre directement à Saint Jean Pied de Port. Les pèlerins puristes vous diront que j’ai triché… mais il faut bien que je dorme quelque part. Je ne suis pas comme ces trois Manceaux qui ont décidé de dormir dehors malgré la pluie et le froid… j’espère pour eux qu’ils ont trouvé une grange pour s’abriter.
Cette galère des logements je vais l’avoir toute la semaine. C’est le weekend du 8 mai qui arrive et le pays basque est une destination touristique très prisée. Tous les gîtes sont complets. Au final je suis obligé de faire des réservations via Airbnb à StJeanPied de Port pour 3 nuits et pour les étapes suivantes jusqu’au 12 mai. Cela grève un peu mon budget mais je n’ai pas d’autres choix.
À St-Jean, je suis dans une résidence de vacances où nous étions allés avec les enfants au début des années 2010. Là, j'en profite pour soigner mes ampoules et pour manger des gâteaux basques.

Il faut que je vous parle de mes doutes maintenant…
Est-ce que je fais le bon choix en allant vers Hendaye pour faire le Camino norte ???
Tous les pèlerins que je rencontre me disent que c’est le plus beau mais que c’est aussi le plus dur physiquement avec de nombreux dénivelés et certaines étapes très longues sans possibilité de les écourter faute d’hébergement… Est-ce que j’ai la condition physique suffisante ? À force d’en entendre parler cela me fait un peu peur… de l’autre côté j’ai toujours très envie d’essayer… c’est tout le paradoxe.
Depuis que je suis à St-Jean-Pied de Port, je me dis que j’aurais dû rester sur la voie d’Arles avec mes amis du début de l’aventure… mais maintenant c’est trop tard, ils/elles ont continué à avancer… C’était quand j’étais à Pau qu’il aurait fallu faire ce choix… maintenant, je dois faire mon chemin tel que je l’ai imaginé.

Revenons à l’étape d’Aroue. J’arrive au gîte Bellevue en prenant un raccourci qui est indiqué sur le chemin et qui fait traverser un grand champs d’herbes hautes encore suffisamment humides pour mouiller mes chaussures. Là, je rencontres Hans un hollandais qui depuis 4 ans profite de sa pré retraite. Avec sa femme (qui est actuellement en Italie) ils se baladent en camping-car dans toute l’Europe. Il y a aussi une jeune pèlerine qui arrive mais qui ne restera pas avec nous. À 15 h le propriétaire des lieux vient nous ouvrir le gîte. Il a 88 ans et sa femme 85. Ils ont ouvert leur maison aux pèlerins en 1992 et ont accueilli près de 30000 personnes en bientôt 35 ans.
Le petit hic… c’est que les chambres, le mobilier, la salle de bains, n’ont pas du être rénovés depuis l’ouverture et qu’aujourd’hui ces personnes âgées n’ont plus les capacités a entretenir correctement le gîte qui se délabre petit à petit. Cela fera fuir la pèlerine.

Avec Hans, je pratique mon anglais. Il n’a pas encore décidé du chemin qu’il allait prendre quand il serait à St-Jean-Pied de Port : continuer sur le Camino Frances ou bifurquer sur le Norte. Nous convenons de nous revoir à St Jean pour boire une bière ensemble dans 2 jours.
Hans a décidé de marcher vers le Camino Norte. Il a 1 jour d’avance sur moi : il va pouvoir me renseigner sur les difficultés qu’il rencontre et peut être que l’on se retrouvera sur le chemin un peu plus tard.
Pour terminer je me dois de vous dire quelques mots sur St-Jean-Pied de Port. C’est vraiment le lieu où l’on croise le plus de pèlerins. Pour beaucoup qui ont fait les chemins du PuyenVelay, de Vezelay ou de la voie de Tours… c’est l’étape finale, le moment où l’on se dit « on a réussi » et où l’on va dire au revoir aux compagnons rencontrés sur le chemin en partageant quelques bières ou un bon repas au restaurant. le lendemain ils repartiront en train, en bus ou en voiture vers leurs chez eux. Certains reviendront dans un an pour continuer le chemin.
St-Jean, c’est aussi le point de départ pour Santiago pour beaucoup d’espagnols et d’étrangers. Dans les rues j’ai croisé des américains, des canadiens, des japonais, des coréens, des russes et même des bretons avec leur drapeau ! Pour ceux-ci, demain ou dans les jours à venir.. ils vont commencer leur « Camino Frances » par la plus dure des étapes et passer le col de Roncevaux.

Alors je leur souhaite « Buen camino ».
